Quinze jours d'intempéries sur l'île, une pluie continue, l'humidité qui s'insinue partout avec la moiteur propice aux champignons et algues, la pile de linge à laver qui grossit, les infiltrations qu'on découvre aux murs et toit...Et enfin le soleil... Non,  point de plage, de randonnée...Ce fut un week end de grand ménage. Vite,  laver, sécher, nettoyer, réparer,  rendre sa douceur à la maison avant que ne revienne la pluie car la météo nous promet encore de grandes eaux. Ce faisant, réaliser que j'aime faire mon ménage, et doucement, rendre son harmonie au foyer. Jeter ce qui doit l'être, rendre les objets à leur place naturelle, et éloigner pour un temps le chaos. Des souvenirs me reviennent d'une lointaine et douce enfance. J'avais pleuré au moment où Amti Hassna partait. Amti Hassna, que Dieu ait son âme, venait aider maman épisodiquement à l'approche des fêtes ou au moment des grands ménages. Elle restait quelques jours, passait en général la fête avec nous puis disparaissait pour un temps. Je l'aimais car maman discutait et riait beaucoup en sa présence  et j'ai le souvenir emerveillé de contes qu'elle savait raconter, des histoires de filles de sultan inaccessible, de prince amoureux,... J'avais donc pleuré au moment où elle devait partir et elle avait cédé et m'avait emmenée avec elle pour quelques jours. J'ai le souvenir charmé de son miniscule chez elle : une chambre dans une petite "dar" que se partageaient plusieurs locataires. Une chambre toute chaulée d'un blanc mat et lumineux, sol compris. On se déchaussait naturellement avant d'entrer, et ça donnait un sentiment de "sacré" à cet habitat pourtant modeste. Je me souviens du charme des niches de rangement creusées dans le mur en petits placard et étagères, du clair obscur de sa lampe à pétrole le soir tandis qu'elle me racontait des histoires pour m'endormir. Il se dégageait de cet ordre, de cette propreté un sentiment de dignité et de respect de soi même. ça n'a rien à voir avec les moyens financiers et je suis sensible à ça chez les gens.Des photos glanés sur internet ressemblent à cet univers disparu avec elle.

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